Sous le mot « laine » se cachent des fibres qui n'ont presque rien en commun. Un pull en mérinos et un pull en mohair ne tiennent pas chaud de la même façon, ne vieillissent pas au même rythme et ne s'entretiennent pas pareil. Entre les deux, le prix peut varier d'un facteur cinq.
Nous travaillons la laine dans notre atelier de Valeille, dans la Loire, depuis 1947. Voici ce qui distingue réellement les principales fibres — au-delà des arguments marketing.
Le micron : la seule mesure qui compte vraiment
Avant de comparer les races et les origines, il faut comprendre l'unité qui gouverne tout : le micron, soit le diamètre d'une fibre isolée, exprimé en millièmes de millimètre.
Plus la fibre est fine, plus elle est souple, plus elle se plie au contact de la peau au lieu de la piquer. Le seuil de confort se situe autour de 25 microns : en dessous, la quasi-totalité des gens ne ressent aucune irritation ; au-dessus, la sensation de grattage apparaît. C'est toute l'explication du mythe selon lequel « la laine gratte » — ce n'est pas la laine, c'est son diamètre.
| Fibre |
Finesse |
Sensation |
| Cachemire |
14 à 19 µm |
Extrêmement doux, aucune irritation |
| Mérinos |
15 à 24 µm |
Doux, portable à même la peau |
| Poil de yack |
16 à 20 µm |
Très doux, proche du cachemire |
| Alpaga |
18 à 28 µm |
Doux et lourd, tombé fluide |
| Laine de mouton |
25 à 35 µm |
Rustique, idéale en couche externe |
| Mohair |
25 à 45 µm |
Brillant et nerveux, effet poilu |
Les laines de mouton
Le mérinos
Issue d'une race sélectionnée sur des siècles pour la finesse de sa toison, la laine mérinos est aujourd'hui la référence du vêtement porté près du corps. Ses écailles, plus resserrées que celles d'une laine ordinaire, lui donnent une régulation thermique remarquable et une résistance naturelle aux odeurs.
Un point à corriger, souvent lu ailleurs : le mérinos n'est pas la laine la moins chère. C'est même l'une des plus onéreuses parmi les laines de mouton, précisément parce que la finesse se paie. Ce qu'on trouve à bas prix sous l'étiquette « mérinos » est le plus souvent un mélange, ou un mérinos de diamètre élevé.
Le Shetland
Originaire des îles écossaises du même nom, cette laine est plus épaisse et plus rêche, avec un aspect duveteux caractéristique. Elle n'est pas faite pour être portée à même la peau, mais elle produit des pulls d'une longévité exceptionnelle. C'est la fibre des tricots traditionnels britanniques.
Les races françaises
La France élève des races dont la laine a longtemps été négligée au profit des importations. C'est pourtant avec elles que nous travaillons : la Noire du Velay, l'Île-de-France et la Blanche du Massif Central donnent des toisons robustes, au caractère marqué, parfaites pour des pièces d'extérieur destinées à durer.
Leur intérêt dépasse la fibre elle-même : une filière courte, des élevages identifiables, et pas de transport intercontinental. Nous détaillons chacune de ces races dans notre article sur les laines Noire du Velay, Île-de-France et Blanche du Massif Central.
Les fibres de chèvre
Le cachemire
Le cachemire ne provient pas de la toison mais du duvet qui pousse sous le poil de garde de la chèvre cachemire, récolté par peignage au printemps. Une chèvre ne fournit que 150 à 200 grammes de duvet par an, ce qui explique le prix : il faut plusieurs animaux pour un seul pull.
Contrairement à ce qu'on lit fréquemment, la production ne vient pas principalement d'Inde. La Chine et la Mongolie assurent l'essentiel de l'offre mondiale.
Le cachemire est incomparablement doux, mais fragile : sa fibre est courte, il bouloche vite et supporte mal les frottements. C'est un vêtement de soin, pas un vêtement de travail.
Le mohair
Produit par la chèvre angora — à ne pas confondre avec le lapin angora, qui donne une fibre différente. Le mohair se reconnaît à sa brillance et à son aspect vaporeux. Il est nerveux, garde bien sa forme et prend remarquablement la teinture. En revanche, il est nettement moins fin que le cachemire et peut piquer selon la qualité retenue.
Les autres fibres
L'alpaga
Précision utile : l'alpaga n'est pas un lama. Ce sont deux espèces distinctes de camélidés sud-américains, et seul l'alpaga est élevé pour sa fibre.
Sa particularité est structurelle : la fibre est creuse, ce qui la rend légère tout en emprisonnant beaucoup d'air. À poids égal, l'alpaga tient plus chaud que la laine de mouton. Il contient par ailleurs très peu de lanoline, ce qui en fait une option intéressante pour les personnes sensibles à la laine.
Le poil de yack
Le yack est un bovidé des hauts plateaux d'Asie centrale, adapté à des températures extrêmes. Son duvet, récolté au peignage comme le cachemire, atteint une finesse comparable pour un prix inférieur, avec une résistance supérieure. C'est l'une des fibres les plus chaudes disponibles — nous l'utilisons notamment pour nos chaussettes en laine et poil de yack.
Tableau comparatif
| Fibre |
Chaleur |
Solidité |
Prix |
Usage idéal |
| Mérinos |
Élevée |
Bonne |
€€ |
Sous-vêtements, pulls fins |
| Cachemire |
Élevée |
Faible |
€€€€ |
Pièces d'exception |
| Alpaga |
Très élevée |
Bonne |
€€€ |
Manteaux, ponchos |
| Poil de yack |
Très élevée |
Très bonne |
€€€ |
Chaussettes, grand froid |
| Laines françaises |
Élevée |
Excellente |
€€ |
Vestes, plaids, pièces durables |
Comment choisir selon l'usage
Contre la peau — mérinos fin ou cachemire. En dessous de 20 microns, aucune irritation, même sur peau sensible. Nos sous-vêtements en laine relèvent de cette catégorie.
En couche intermédiaire — mérinos ou laine française selon que vous privilégiez la finesse ou la robustesse. C'est le domaine des pulls en laine.
En couche externe — laine française ou alpaga. Une veste en laine doit encaisser le vent, la pluie fine et les frottements : la finesse compte moins que la tenue.
Pour le grand froid — poil de yack ou alpaga, pour leur rapport chaleur/poids imbattable.
Trois erreurs fréquentes
Croire que la laine sèche vite. C'est l'inverse. La laine absorbe jusqu'à 30 % de son poids en humidité et met du temps à la restituer. Sa qualité est de rester chaude et confortable même humide — pas de sécher rapidement. Comptez douze à vingt-quatre heures de séchage à plat.
Se fier au pourcentage seul. « 100 % laine » ne dit rien de la finesse. Un 100 % laine à 32 microns grattera davantage qu'un mélange à 19 microns. Cherchez l'indication du diamètre, ou touchez.
Confondre les mélanges. L'ajout de fibres synthétiques n'est pas systématiquement un défaut : quelques pour cent de polyamide au talon d'une chaussette multiplient sa durée de vie. Ce qui doit alerter, c'est un synthétique majoritaire vendu au prix d'une laine noble.
Notre choix
Nous travaillons majoritairement des laines françaises, complétées par de la soie et du poil de yack là où l'usage le justifie. Ce n'est pas seulement un choix de filière courte : les races du Massif Central donnent des fibres qui résistent au temps, et c'est ce que nous cherchons depuis quatre générations.
Le détail de nos matières et de leur transformation est décrit dans notre savoir-faire. Et pour que ces pièces durent, tout se joue à l'entretien : nos conseils sur l'entretien de la laine.
Les différents types de laine : le guide pour bien choisir
Sous le mot « laine » se cachent des fibres qui n'ont presque rien en commun. Un pull en mérinos et un pull en mohair ne tiennent pas chaud de la même façon, ne vieillissent pas au même rythme et ne s'entretiennent pas pareil. Entre les deux, le prix peut varier d'un facteur cinq.
Nous travaillons la laine dans notre atelier de Valeille, dans la Loire, depuis 1947. Voici ce qui distingue réellement les principales fibres — au-delà des arguments marketing.
Le micron : la seule mesure qui compte vraiment
Avant de comparer les races et les origines, il faut comprendre l'unité qui gouverne tout : le micron, soit le diamètre d'une fibre isolée, exprimé en millièmes de millimètre.
Plus la fibre est fine, plus elle est souple, plus elle se plie au contact de la peau au lieu de la piquer. Le seuil de confort se situe autour de 25 microns : en dessous, la quasi-totalité des gens ne ressent aucune irritation ; au-dessus, la sensation de grattage apparaît. C'est toute l'explication du mythe selon lequel « la laine gratte » — ce n'est pas la laine, c'est son diamètre.
Les laines de mouton
Le mérinos
Issue d'une race sélectionnée sur des siècles pour la finesse de sa toison, la laine mérinos est aujourd'hui la référence du vêtement porté près du corps. Ses écailles, plus resserrées que celles d'une laine ordinaire, lui donnent une régulation thermique remarquable et une résistance naturelle aux odeurs.
Un point à corriger, souvent lu ailleurs : le mérinos n'est pas la laine la moins chère. C'est même l'une des plus onéreuses parmi les laines de mouton, précisément parce que la finesse se paie. Ce qu'on trouve à bas prix sous l'étiquette « mérinos » est le plus souvent un mélange, ou un mérinos de diamètre élevé.
Le Shetland
Originaire des îles écossaises du même nom, cette laine est plus épaisse et plus rêche, avec un aspect duveteux caractéristique. Elle n'est pas faite pour être portée à même la peau, mais elle produit des pulls d'une longévité exceptionnelle. C'est la fibre des tricots traditionnels britanniques.
Les races françaises
La France élève des races dont la laine a longtemps été négligée au profit des importations. C'est pourtant avec elles que nous travaillons : la Noire du Velay, l'Île-de-France et la Blanche du Massif Central donnent des toisons robustes, au caractère marqué, parfaites pour des pièces d'extérieur destinées à durer.
Leur intérêt dépasse la fibre elle-même : une filière courte, des élevages identifiables, et pas de transport intercontinental. Nous détaillons chacune de ces races dans notre article sur les laines Noire du Velay, Île-de-France et Blanche du Massif Central.
Les fibres de chèvre
Le cachemire
Le cachemire ne provient pas de la toison mais du duvet qui pousse sous le poil de garde de la chèvre cachemire, récolté par peignage au printemps. Une chèvre ne fournit que 150 à 200 grammes de duvet par an, ce qui explique le prix : il faut plusieurs animaux pour un seul pull.
Contrairement à ce qu'on lit fréquemment, la production ne vient pas principalement d'Inde. La Chine et la Mongolie assurent l'essentiel de l'offre mondiale.
Le cachemire est incomparablement doux, mais fragile : sa fibre est courte, il bouloche vite et supporte mal les frottements. C'est un vêtement de soin, pas un vêtement de travail.
Le mohair
Produit par la chèvre angora — à ne pas confondre avec le lapin angora, qui donne une fibre différente. Le mohair se reconnaît à sa brillance et à son aspect vaporeux. Il est nerveux, garde bien sa forme et prend remarquablement la teinture. En revanche, il est nettement moins fin que le cachemire et peut piquer selon la qualité retenue.
Les autres fibres
L'alpaga
Précision utile : l'alpaga n'est pas un lama. Ce sont deux espèces distinctes de camélidés sud-américains, et seul l'alpaga est élevé pour sa fibre.
Sa particularité est structurelle : la fibre est creuse, ce qui la rend légère tout en emprisonnant beaucoup d'air. À poids égal, l'alpaga tient plus chaud que la laine de mouton. Il contient par ailleurs très peu de lanoline, ce qui en fait une option intéressante pour les personnes sensibles à la laine.
Le poil de yack
Le yack est un bovidé des hauts plateaux d'Asie centrale, adapté à des températures extrêmes. Son duvet, récolté au peignage comme le cachemire, atteint une finesse comparable pour un prix inférieur, avec une résistance supérieure. C'est l'une des fibres les plus chaudes disponibles — nous l'utilisons notamment pour nos chaussettes en laine et poil de yack.
Tableau comparatif
Comment choisir selon l'usage
Contre la peau — mérinos fin ou cachemire. En dessous de 20 microns, aucune irritation, même sur peau sensible. Nos sous-vêtements en laine relèvent de cette catégorie.
En couche intermédiaire — mérinos ou laine française selon que vous privilégiez la finesse ou la robustesse. C'est le domaine des pulls en laine.
En couche externe — laine française ou alpaga. Une veste en laine doit encaisser le vent, la pluie fine et les frottements : la finesse compte moins que la tenue.
Pour le grand froid — poil de yack ou alpaga, pour leur rapport chaleur/poids imbattable.
Trois erreurs fréquentes
Croire que la laine sèche vite. C'est l'inverse. La laine absorbe jusqu'à 30 % de son poids en humidité et met du temps à la restituer. Sa qualité est de rester chaude et confortable même humide — pas de sécher rapidement. Comptez douze à vingt-quatre heures de séchage à plat.
Se fier au pourcentage seul. « 100 % laine » ne dit rien de la finesse. Un 100 % laine à 32 microns grattera davantage qu'un mélange à 19 microns. Cherchez l'indication du diamètre, ou touchez.
Confondre les mélanges. L'ajout de fibres synthétiques n'est pas systématiquement un défaut : quelques pour cent de polyamide au talon d'une chaussette multiplient sa durée de vie. Ce qui doit alerter, c'est un synthétique majoritaire vendu au prix d'une laine noble.
Notre choix
Nous travaillons majoritairement des laines françaises, complétées par de la soie et du poil de yack là où l'usage le justifie. Ce n'est pas seulement un choix de filière courte : les races du Massif Central donnent des fibres qui résistent au temps, et c'est ce que nous cherchons depuis quatre générations.
Le détail de nos matières et de leur transformation est décrit dans notre savoir-faire. Et pour que ces pièces durent, tout se joue à l'entretien : nos conseils sur l'entretien de la laine.